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Impacts prévisibles de l'activité pétrolière dans le Parc Yasuní Imprimer Envoyer
Jeudi, 10 Mai 2007 12:56
L'ouverture de la frontière pétrolière, si le projet ITT est développé, suppose la création d'un nouveau pôle pétrolier, avec des conséquences qui sont déjà très bien documentées dans les zones déjà exploitées.
Ces impacts peuvent se résumer ainsi :

Dommages environnementaux

Pollution, déforestation, altération des relations à l'intérieur des écosystèmes.

Impacts économiques

Perte de la productivité des économies d'auto-subsistance

Coûts élevés de sécurité, de gestion de l'exploitation et des déchets générés, et de compensation.

Impacts sociaux

Détérioration générale de la zone. Alcoolisme, violence, prostitution, maladies.

Destruction du tissu social

Impacts politiques

Augmentation des conflits dans la région, abandon de l'Etat dans les zones exploitées. Violence transfrontalière.

Impacts culturels

Impact sur la vie des peuples locaux, extinction de cultures.

En plus de ces impacts il faut aussi considérer tous ceux qui sont déclenchés par les activités pétrolères comme l'ouverture de voies avec l'exploitation illégale du bois ; c'est le cas par exemple de l'exploitation forestière dans le Parc National Yasuní et même dans la Zone Protégée, la colonisation, le tourisme, la bioprospection et d'autre menaces.

Impacts liés à l'ouverture de puits

L'industrie pétrolière reconnaît que pour chaque puits vertical perforé, on produit 500m3 de déchets solides, et de 2.500 à 3.000m3 de déchets liquides, tandis que dans un puits directionnel, on produit 20 à 30% de plus de résidus solides et liquides.

Si pour l'ITT on prévoit de perforer 130 puits, ce qui suppose 65.000m3 de déchets solides (équivalents à 13.000 bennes de 5m3 chacune) et entre 325.000 et 390.000m3 de liquides toxiques (équivalents à plus de 65.000 bennes de déchets) que les entreprises, dans ces cas-là, disent laisser sous la plate-forme de perforation, dans un mécanisme qui diffuse les éléments toxiques dès les premières pluies. Si la perforation est horizontale, les chiffres peuvent augmenter à 78.000m3 de déchets solides (15.600 bennes) et entre 420.000m3 et 504.000m3 de liquides (84.000 à 100.000 bennes). Si le nombre de puits est doublé, comme dans la proposition de Sinopec, le volume de déchets sera doublé également.

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Il faut aussi prendre en compte le fait qu'au cours de la vie des puits, dans le cas du pétrole lourd, les puits s'épuisent rapidement et il faut en ouvrir de nouveaux pour extraire le pétrole.

Aire déforestée

deforestLes forêts, l'eau et le climat sont étroitement liés. Les forêts anciennes capturent l'eau, maintiennent l'équilibre de l'écosystème et de la température locale. Les forêts tropicales absorbent une grande quantité de radiation solaire ; par conséquent, quand on réalise des coupes massives, on augmente la brillance de la superficie de la planète. Cela a pour effet l'augmentation de l'énergie solaire reflétée vers l'espace extérieur. Les gaz à effet de serre contenus dans l'atmosphère interceptent ces radiations et les renvoient vers la surface de la Terre, produisant un réchauffement global du climat.

La compagnie Texaco déforestait jusqu'à 5 hectares pour la construction d'une plate-forme, alors que le maximum autorisé actuellement selon le décret 1215 (RAOHE) pour une zone protégée est de 1.5 hectares pour la plate-forme, les campements et l'héliport.

S'il s'agit d'une plate-forme de plusieurs puits, on peut ajouter 0.2 hectares pour chaque puits additionnel. Il faut ajouter à cela les voies d'accès : elles peuvent atteindre 5 mètres de large. Enfin, il y a des tuyauteries, des lignes de transmission, des campements et d'autres infrastructures.

La déforestation la plus importante est indirecte, associée à la construction de routes pour la maintenance de l'infrastructure, et la colonisation associée au projet lui-même.

 

Impacts liés à l'eau de production

L'eau de production ou de formation est un type d'eau sédimentaire, produit de 150 millions d'années de traitement naturel, et contient des niveaux très élevés de chlorures et de métaux lourds. Il atteint des concentrations de chlorure de sodium et d'autres solides de 100.000 ppm (milligrammes d'éléments solides par litre d'eau)1.
 

Cet excès de sels est déterminant, car il améliore la solubilité d'autres éléments comme le radium, radioactif. De plus, la température de cette eau atteint les 80°C2. Ces eaux contiennent aussi des particules d'hydrocarbures solubles et les produits chimiques qui sont utilisés pour les séparer du pétrole et protéger les installations (anti-émulsionnants, anti-paraffiniques, biocides et autres).

La relation moyenne pétrole/eau dans la région amazonienne est de80 barils d'eau pour 20 barils de pétrole extrait. Cela signifie qu'en 29 ans d'exploitation, la production accumulée de pétrole atteindrait 960 millions de barils, tandis que l'extraction d'eaux de production atteindrait 3.840 millions de barils, soit 4 fois plus.

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L'eau de formation est un problème pour l'entreprise d'Etat, qui en 2005 a été sanctionnée pour cette raison. Parmi les conclusions du document de l'Inspection des Finances il a été reconnu que Petroecuador n'atteignait pas ses objectifs de réinjection d'eau.3

Cependant, les quantités d'eau dans le cas du projet ITT et du bloc 31 seront largement supérieures, et, comme la solution habituelle est la réinjection, l'entreprise qui choisissait de développer ce gisement devra trouver où réinjecter l'eau :

  1. La réinjection de l'eau produite pourrait se faire dans les strates perméables des formations Orteguaza et Tiyuyacu4, Napo, Hollín et autres. Ces formations n'ont pas une capacité illimitée d'absorption de l'eau.

  2. Les formations où l'on réinjecte l'eau ont des failles et ne sont pas imperméables sur toute leur étendue. Nombre d'entre elles arrivent jusqu'à la surface et se connectent aux aquifères souterrains ou superficiels5. 

Cependant, si le comportement de la production d'eau est similaire à celle du Bloc 16 (les structures les plus proches de celles du bloc 31 et de l'ITT), la relation est de 90 barils d'eau pour 10 barils de pétrole en moyenne. Donc, pour 960 millions de barils de pétrole, on peut s'attendre à 8.640 millons de barils d'eau.

Dans le projet ITT, si l'on suppose que les réserves sont de 960 millions de barils, il faudrait donc incorporer à l'environnement 8.649 millons de barils d'eau de formation 6, c'est à dire 1.375’052.616 mètres cubes.

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La réinjection de cette quantité d'eau peut devenir très difficile, ou même impossible, car il faudrait une formation géologique trop étendue. L'eau serait inévitablement déversée dans l'environnement dans le parc Yasuní lui-même, ou bien, comme cela est proposé, dans le champ Shushufindi qui présente déjà une saturation d'eaux de production. Mais, en plus, toute l'eau qui sera réinjectée polluera les eaux souterraines de cette importante réserve.

Par sa composition, par les produits chimiques incorporés et par sa température, l'eau de formation, une fois extraite à la surface, est terriblement toxique pour l'environnement. La majorité des organismes d'eau douce ne tolèrent pas les hauts niveaux de salinité des eaux de formation, ce qui provoque leur mort.

Dans les rivières amazoniennes, il existe plus de 2.000 espèces de poissons, beaucoup d'entre elles n'étant même pas identifiées aujourd'hui, et une série d'organismes qui permettent l'existence de ces espèces qui sont au sommet de la chaîne trophique aquatique. Leur productivité se développe dans les zones d'inondation où la majorité des poissons amazoniens déposent leurs oeufs. Les produits toxiques entrent dans la chaîne trophique, jusqu'à arriver au dernier consommateur, l'être humain.

D'autre part, les animaux, particulièrement les mammifères amazoniens, qu'ils soient silvestres ou domestiques, ont des carences en sels. Par conséquent, les eaux contaminées attirent les pécaris, les cervidés et d'autres animaux qui, en buvant ces eaux, ingèrent aussi les substances toxiques.

La pollution dans le sol peut aussi produire la suffocation des racines, qui font perdre de la vigueur à la végétation, et dans beaucoup de cas, la tue.

Les substances contenues dans les déchets de l'industrie pétrolière sont bioaccumulatives, et sont liées à diverses maladies, car elles contiennent des substances cancérigènes, tératogéniques et mutagènes.

Impacts pour le peuple Huaorani

L'ITT ainsi que le bloc 31 sont le territoire des Huaorani, et le territoire de chasse de peuples en isolement volontaire. Ces peuples étant des chasseurs-cueilleurs, ils ont l'habitude de se déplacer à l'intérieur des limites du parc, jusqu'aux blocs pétroliers.

Le risque est encore plus important si l'on prend en compte le fait que la zone en question fait partie du territoire des trois clans nommés Tagaeri, Taromenani et Oñamenane, qui ont décidé d'éviter tout contact avec le monde extérieur, et qui ont rejeté toute tentative de contact ou d'occupation de leur territoire. Ils s'agit des derniers êtres libres de l'Equateur, d'authentiques guerriers, qui vivent dans ce qu'on appelle les "sociétés de l'abondance", car ils produisent le minimum suffisant pour satisfaire leurs besoins.

Déjà quand les contrats du bloc 16 furent réalisés, le problème des risques pour le peuple Huaorani s'est posé. On a proposé de prendre des mesures pour éviter ce type d'impacts, mais malgré cela les résultats sont dramatiques. Maladies, appauvrissement, conflits...

Les nouvelles de tueries qui se sont produites, l'une en mai 2003, et une autre possible en mai 2006, ont alerté la société et l'Etat sur les risques d'intervenir sur leur territoire.

L'augmentation de l'insécurité sur la triple frontière (Colombie, Equateur et Pérou)

La comparaison des zones pétrolières avec les zones non-pétrolières, et la distribution des zones de production de coca permettent de visualiser une relation entre ces facteurs. On sait que pour l'activité d'exploration, on utilise presque tous les produits nécessaires pour la transformation de la feuille de coca en pâte de coca et en cocaïne.

Diverses substances utilisées par l'industrie pétrolière pourraient être utilisées pour les traitements chimiques de la feuille de coca, comme : l'essence pure, l'acide sulfurique, l'acide chlorhydrique, l'acide nitrique, l'hydroxyde de sodium, le permanganate de potassium.

Le développement de l'ITT aura une relation directe avec l'ouverture de routes, la colonisation et les activités illégales, comme la coupe de forêts, la biopiraterie et évidemment les cultures illicites pour le trafic de drogue. De fait, la frontière trinationale est une zone à haut risque.

Cette situation détermine, en plus du désastre environnemental, une pression sociale et une violence extrêmes, devenant un problème de sécurité nationale pour l'Equateur. A ces conflits de sécurité nationale, il faut ajouter des conflits internes, dus à l'incapacité de l'Etat de résoudre les demandes des populations locales.

Une nouvelle zone pétrolière étendra la zone de risque, et augmentera les conflits avec le Pérou à cause des risques de pollution vers ce pays, une situation pour laquelle il y a déjà des antécédents. 

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Transfert de déchets à Shushufindi

Une des propositions récurrentes dans les projets en discussion est de déplacer les déchets vers le gisement de Shushufindi.

Actuellement, le canton de Shushufindi est le second plus peuplé de la province de Sucumbíos (près du Lac Agrio), avec 32.184 habitants (25% de la population provinciale). La population est composée de colons et d'indigènes.

Le champ Shushufindi comporte 5 stations de stockage (Shushufindi Centro, Norte, Sur, Suroeste et Aguarico), une raffinerie, une usine de gaz, un gazoduc, plus d'une centaine de piscine de déchets, certaines couvertes, et d'autres ouvertes. C'est à dire que le lieu est surchargé d'infrastructure pétrolière.

A Shushufindi, le risque environnemental est 3,8 fois supérieur à la moyenne du District Amazonien. Le risque de conflit est 6,5 foir supérieur en ce qui concerne la fréquence des débordements, 3,5 fois supérieur en ce qui concerne la présence de piscines, et 2,5 fois supérieur en ce qui concerne les volumes déversés et non récupérés.7.

D'après le rapport de l'Inspection Générale de l'Etat, selon la Direction Nationale des Hydrocarbures (DNH), entre 200 et mai 2004, 7’937.638 barils d'eaux de production ont été rejetées dans l'environnement. Selon l'Unité de Réinjection d'eau, le chiffre diminue à 5’181.827. De toute façon, ce qui est important est de considérer que si à Shushufindi il n'y a pas de capacité de confinement même pour la production de déchets de l'endroit8, il sera difficile d'avoir de la capacité pour accepter des déchets d'autres provenances.

Shushufindi est probablement le canton qui souffre le plus des impacts de l'activité pétrolière, car en plus de la pollution, la situation sanitaire est critique (c'est le canton qui a l'indice de tuberculose le plus élevé du pays), et des niveaux alarmants de violence, fondamentalement dû au trafic de produits chimiques et d'essence pure utilisée pour le trafic de drogue. Les rapports de la Fondation Esquel et de CEJIL parlent de 680 à 715 assassinats à Sucumbíos.

1 L'eau de mer peut atteindre 35.000 ppm.

2 La température de ces eaux est en général proche du gradient thermique moyen de la terre, il augmente de 25 à 30°C tous les 3 à 6 Km de profondeur (Elder, 1981). L'exploitation pétrolière s'effectue à des profondeurs de plusieurs kilomètres.

3 Rapport spécial de l'Inspection Générale de l'Etat, 12 avril 2005. Audit environnemental sur la gestion de la production de pétrole, en relation avec les fluides et boues de perforation, et les eaux de formation, dans les provinces d'Orellana et de Sucumbíos.

4 la formation Tiyayacu, est connue comme une des plus grandes réserves d'eau douce du monde.

5 ibidem

6 Le calcul se fait avec une moyenne de 75 barils d'eau pour 25 barils de pétrole, des chiffres qui sont utilisés pour des pétroles lourds, et qui s'appliquent au bloc 16, au champ Eden Yuturi ou au pétrole d'AGIP, qui ont une configuration géologique semblable à celle de l'ITT.

PETROLEO, CONTAMINACION Y MICROCONFLICTOS AMBIENTALES EN LA AMAZONÍA Par Guillaume Fontaine ( Cette adresse e-mail est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. ) Comunicación al Tercer Congreso de Prospectiva Petrolera, “Ecopetrol: un año después”, Barrancabermeja (Colombia), 30/09/2004.

8 Rapport spécial de l'Inspection Générale de l'Etat, 12 avril 2005. Audit environnemental sur la gestion de la production de pétrole, en relation avec les fluides et boues de perforation, et les eaux de formation, dans les provinces d'Orellana et de Sucumbíos.