Menu Content/Inhalt
Accueil arrow Actualités arrow Le moratoire du Yasuní : une initiative du Sud

Liste de diffusion

Inscrivez-vous pour recevoir les nouvelles de la campagne dans votre boîte de courrier électronique.

Le moratoire du Yasuní : une initiative du Sud Version imprimable Suggérer par mail
31-08-2007
Por Joan Martínez Alier (Universitat Autonoma de Barcelona)
 En septembre 2007, le Président de l'Equateur, Rafael Correa, maintient sa décision de laisser dans le sous-sol quelque 920 millons de barils de pétrole lourd dans le champ ITT du Parc National Yasuní. L'objectif principal est la défense de la culture, de la vie, des droits indigènes, de la biodiversité, qui n'ont pas de prix. Le fait d'éviter des émissions de dioxyde de carbone est un bénéfice additionnel notable. Cette mesure n'est pas différente de celle d'éviter l'extraction de pétrole dans le Refuge de Flore et de Faune d'Alaska, ou de maintenir faibles les niveaux de pêche dans les îles Galápagos, en sacrifiant des revenus dans le but de préserver le patrimoine naturel et culturel.
Laisser le pétrole dans la terre implique un important coût d'opportunité financier. Cependant, il existe de bonnes raisons économiques pour déclarer un moratoire à durée indéfinie dans le Yasuní car les coûts réels de l'exploitation pétrolière sont probablement supérieurs aux bénéfices.

Premièrement, le prix du pétrole lourd est inférieur et les coûts d'extraction et de transport sont supérieurs à ceux du pétrole léger. Deuxièmement, il y aurait des externalités locales, sous la forme de pollution de l'air et de l'eau, la déforestation et la perte d'une riche biodiversité, en plus de la menace sur l'alimentation, la culture et la santé des indigènes Huaorani. Il n'est pas facile de traduire ces coûts en termes économiques, mais ils sont réellement élevés, et souvent irréversibles.

Il faut souligner qu'en évitant la déforestation on contribue à la lutte contre le changement climatique.

Troisièmement, le pétrole extrait se transformera finalement en dioxyde de carbone. La production mondiale de dioxyde de carbone augmente de 3% par an au lieu de décroître comme elle le devrait. L'Equateur a peu de responsabilité historique dans le changement climatique mondial. L'Equateur n'est pas obligé par les accords internationaux en vigueur à diminuer les émissions de gaz à effet de serre, mais malgré cela, le gouvernement veut contribuer à réduire les émissions de dioxyde de carbone en lançant une proposition depuis le sud. Les pays riches produisent plus de gaz à effet de serre par habitant que ce qui leur correspondrait si ces émissions étaient réparties à parts égales sur la planète. Ils transfèrent les coûts du changement climatique vers les plus pauvres et vers les générations futures. Pendant ce temps, l'Equateur dit : nous ne voulons pas augmenter les passifs environnementaux, nous ne voulons pas que la dette écologique augmente.

Le 14 juillet 2007, The Economist avertissait que le dégel des glaciers andins causera des problèmes pour les réserves d'eau. Personne ne donne de compensation à l'Equateur pour ce dommage. Sans vergogne, les pays riches vont offrir des crédits d'"adaptation" au changement climatique aux pays du sud, au lieu de payer leurs dettes écologiques. Rembourser ces crédits obligera des pays comme le Nigeria, la Bolivie, le Pérou, à exporter encore plus de pétrole et de gaz. Le sud doit se transformer dès maintenant en protagoniste au lieu d'accepter des aumônes ou, pire encore, des crédits d'"adaptation". Le changement climatique n'est pas un problème d'écologistes du nord, c'est un thème du sud. Dans ce contexte, maintenir le pétrole du Yasuní sous terre de manière indéfinie est une initiative sensée.

Quatrièmement, dans le Yasuní ou où que ce soit, extraire et vendre du pétrole équivaut à liquider un patrimoine, ce n'est pas un revenu continu. Extraire le pétrole signifie sacrifier des revenus futurs, surtout s'il se trouvait que dans 20 ou 30 ans le pétrole atteigne des prix plus élevés que les prix actuels, en nous rapprochant du pic de la courbe de Hubbert vers les 100 mbd. Cependant, dans les prochaines décennies, la réduction des émissions de gaz à effet de serre deviendra chaque jour plus urgente, même s'il faut payer très cher pour cela. De plus, la valeur de la biodiversité tend à augmenter au même rythme que sa destruction (du fait de sa rareté). Il existe par conséquent beaucoup d'incertitude sur les bénéfices et les coûts dans un futur éloigné, de telle manière que la décision du gouvernement de l'Equateur est prise en considérant les coûts et les bénéfices à court terme, et c'est une décision qui, en principe, est prise pour toujours.

L'exploitation du Yasuní ne peut générer un flux financier positif que si les externalités locales et globales ne sont pas prises en compte. La préservation du Yasuní bénéficie à l'humanité, pas seulement à l'Equateur. L'Equateur demande donc une compensation. Sans considérer les externalités locales et globales, l'état équatorien recevrait 10 à 15 dollars par baril (prix de vente moins coûts d'extraction et de transport, moins le bénéfice de la compagnie extractrice). Généreusement, l'Equateur demande seulement 5 dollars par baril. Un fonds de 4,6 milliards de dollars US (920 millons de barils à 5 dollars) donnerait à 7.5 pour cent un rendement de 350 millons de dollars annuels. Cela pourrait s'appliquer à la réduction de la dette externe ou à d'autres domaines. En échange, l'Equateur évitera la destruction de la biodiversité, la déforestation, la perte de cultures et de vies humaines dans la zone de Yasuní, et en plus il évitera l'émission de quelque 111 millons de tonnes de carbone (120 kgs de carbone par baril) de la combustion du pétrole.

Ce fonds de 4,6 milliards de dollars sera constitué en deux ou trois ans, au cours du mandat du Président Rafael Correa. Le moratoire définitif serait confirmé par un texte de loi.

Si un donateur donne, par exemple, 460 millons de dollars, il pourrait mentionner sur le marché volontaire du carbone une réduction de 11 millions de tonnes de carbone, plus une certaine quantité supplémentaire pour la déforestation évitée. Une tonne de carbone a un prix de 40 dollars.

On pourrait argumenter que l'Equateur doit extraire et vendre ce pétrole qui contribuerait à la bonne marche de l'économie du pays et du monde, et que l'on négociera ensuite quelque part un contrat d'absorption de dioxyde de carbone. Contre cet argument il faut réaffirmer qu'il est urgent de diminuer les émissions mondiales, et surtout que l'objectif principal de laisser le pétrole de l'ITT sous terre est de préserver la biodiversité, la forêt, l'eau, la culture et la vie elle-même..

Les donations auraient une double destination : diminuer la pression des paiements de la dette externe, ou nourrir un fond dont les intérêts seraient destinés au budget de l'Etat pour protéger le Yasuní et ses habitants indigènes, et pour des investissements socio-environnementaux dans d'autres zones du pays, un soutien aux énergies éolienne, géothermique et solaire, un programme social d'écoles, de nouveaux logements, et de transport public énergétiquement efficients, le développement de capacités en éco-tourisme ou d'autres priorités établies dans le Plan National de Développement de l'Equateur.

Joan Martinez Alier







Universitat Autonoma de Barcelona







President of the International Society for Ecological Economics



 
< Précédent   Suivant >

Pour vous abonner à notre flux de nouvelles sur la campagne, copiez l'adresse URI du fichier RSS et ajoutez-la dans votre lecteur.rss

Lien RSS