| L'Equateur veut troquer son monde de brut |
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| 08-01-2008 | |
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Le Courrier, DE RETOUR D''EQUATEUR, SAMUEL SCHELLENBE
ENJEU - Doté de grosses réserves de pétrole, le pays andin
propose qu''on le paie pour qu''il ne les exploite pas. Au nom de la
biodiversité.
Alors, revirement soudain? Double langage? Ni l''un ni l''autre, car la non-exploitation ne sera pas un geste gratuit: elle implique une contrepartie. La communauté internationale est en effet invitée à compenser pour moitié ce que rapporterait l''extraction. On parle de 350 millions de dollars par an. Utopique? Acosta explique que le pétrole en question se trouve dans le parc naturel de Yasuní, inscrit au patrimoine mondial de l''Unesco, dans la province d''Orellana, en pleine forêt amazonienne. Cette zone appelée ITT – pour Ishpingo Tambococha Tiputini – est dotée d''une exceptionnelle biodiversité, que l''exploitation pétrolière mettrait gravement en danger. Ne pas toucher à ce pétrole rejoint donc ce que de nombreuses associations écologistes locales et internationales demandent depuis longtemps. L''enjeu, pour le gouvernement équatorien, est désormais de convaincre la communauté internationale que les intérêts dans la balance dépassent les frontières du plus petit des pays andins. Notamment parce que tout ce pétrole représente un potentiel de 111 millions de tonnes de CO2. Renégocier la dette Un travail de persuasion qu''Acosta n''est pas seul à effectuer: plusieurs ministres – tous camarades du parti Acuerdo Pais – mouillent eux aussi leur chemise, de même que Rafael Correa. Le président a par exemple présenté le projet à l''ONU en septembre et a invité les pays développés à passer à la caisse, car «ils sont les principaux prédateurs de la planète». Il y a deux semaines, devant l''OPEP, Correa a expliqué que l''Etat équatorien «veut retrouver son rôle de patron des ressources pétrolières» du pays, tout en appuyant des initiatives destinées à préserver la nature, dont celui de la zone ITT. Pour l''instant, les promesses de financement sont rares: seule l''Espagne a proposé 4 millions de dollars. De son côté, l''Italie n''exclut pas une renégociation de la dette de l''Equateur, ce qui est l''une des options de financement proposée par le pays andin. Quant à la Norvège – pays pétrolier souvent cité en exemple par l''Equateur parce qu''il a réussi à affranchir son économie de l''or noir –, elle s''est également déclarée intéressée. Enfin, des ONG des Etats-Unis se disent intriguées par l''audace équatorienne et par le précédent que le projet pourrait représenter. Des philanthropes étasuniens ont déjà donné quelques centaines de milliers de dollars pour assurer une plus grande publicité au projet. Et d''autres dons plus conséquents pourraient suivre: ce n''est que mardi dernier que la forme juridique de l''«échange» a été définie formellement, à Quito. Reste qu''il faudra faire vite: si les 350 millions de dollars annuels ne sont pas trouvés d''ici juin prochain, le gouvernement équatorien donnera son feu vert à l''exploitation des réserves de l''ITT. Comme si elle désirait faire monter la pression, la compagnie étatique Petroecuador a annoncé jeudi le lancement du processus d''attribution des zones pétrolières. Inutile de préciser que de nombreuses compagnies nationales et internationales se pressent déjà au portillon...I |
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