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A propos de l'ITT et autres contes Version imprimable Suggérer par mail
10-05-2007

L'ITT (Ishpingo-Tiputini-Tambococha) est une région située dans le Parc National Yasuní (Amazonie Equatorienne), où se trouvent les plus importantes réserves de pétrole de l'Equateur. 

Le Produit Intérieur Brut de l'Equateur est passé de 28 milliards de dollars en 2003 à plus de 40 milliards en 2006. Une spectaculairecroissance de l'économie de 40% en à peine 4 ans. Pendant ce temps,avec la mise en place de l'OCP (oléoduc de pétrole lourd), la production de pétrole lourd aconsidérablement augmenté. Ceci, associé à l'augmentation du prix du pétrole sur le marché international, pourrait expliquer en grandepartie cette croissance impressionnante. Cependant, cela ne signifie pas que les plus pauvres du pays en aient bénéficié, d'abord parce qu'une grande partie des revenus générés part directement àl'étranger, et d'autre part parce que ce qui reste dans le pays est mal distribué, entre quelques uns, entre les plus habiles, entre les plus corrompus. Dans la région d'Orellana, malgré tout cela nous n'avons toujours pas d'hôpital digne de ce nom, ni de banque de sang.

Le gouvernement, suivant le rythme général de croissance, a vu aussi durant ces années croître ses revenus, et par conséquent son budget. Ainsi nous sommes passés de 6,3 milliards de dollars en 2003 à plus de 9,7 en 2006. C'est donc une augmentation de plus de 3 milliards de dollars. Dans la région d'Orellana, cependant, cela n'a pas été suffisant pour construire l'hôpital. Cela n'a pas non plus servi à apporter l'eau potable et l'électricité aux cantons les plus pauvres du pays. Evidemment l'augmentation de la production et du prix du pétroleont amélioré les revenus du gouvernement, mais ce sont deux faits de l'année dernière qui ont augmenté les revenus au dessus d'un milliard : la réforme de la Loi sur les Hydrocarbures (dite Loi des 600 millions), et l'expiration du contrat d'Occidental. Cette injection de dollars n'a pas non plus servi à construire des hôpitaux dans la partie est du pays (Oriente).

Ce matin, le Président de Petroecuador, l'ingénieur Carlos Pareja Yannuzzelli, nous racontait dans une interview à la télévision quel'Ecuador ne peut pas se permettre de laisser le pétrole dans le solalors que le pays manque de tant de choses. L'un des exemples qu'il donnait était que dans l'est du pays nous n'avions pas d'hôpitaux.Est-il vrai que les ressources générées par l'ITT vont servir cette fois pour que nous ayons un hôpital dans la région d'Orellana ? L'ingénieur Pareja pourrait-il l'assurer ? Certainement que non, le plus probable est que ces ressources se perdront de nouveau par les canalisations de la corruption et les égoûts qui emportent les capitaux à l'étranger. Ce n'est pas sûr, mais il y a une forte probabilité. Il est certain que le gouvernement va essayer d'attaquer la corruption et de répartir mieux les richesses, mais y arrivera-t-il ?
 
Ce que personne ne met en doute, c'est que l'exploitation de l'ITT provoquera de forts impacts écologiques dans le Parc National Yasuní. Comment l'ingénieur Pareja peut-il dire que l'on n'aura besoin que de 100 hectares ? Nous ne pensons pas qu'il connaisse l'impact que provoquera la réinjection dans le sous-sol de milliards de barils d'eaux de formation. Personne ne doute non plus de l'impact sur les populations cachées qui habitent dans cette zone. Et il ne s'agit pas seulement de populations cachées : c'est un fait démontré que, dans les communautés kichwas où commence l'activité pétrolière, automatiquement on cesse de semer le maïs, l'alcoolisme augmente, et il y a des conflits entre les membres des communautés, détruisant progressivement leur organisation. Ce n'est pas la première fois que cela arrive, et l'histoire se répètera dans les communes du Bajo Napo. Le développement n'arrivera pas, tout comme il n'est pas arrivé à tant de communes directement affectées par l'activité pétrolière durant toutes ces années.
 
Que va-t-il se passer si l'on n'obtient pas de l'étranger les 350 millions de dollars nécessaires pour ne pas exploiter l'ITT ? L'exploiterions-nous si nous obtenions seulement 200 millions ? Cette différence sera-t-elle celle qui sortira le pays de la misère ? Pour nous tout cela n'a aucun sens. L'unique posture digne est de ne pas exploiter l'ITT, et ce n'est pas cela qui va nous conduire à la misère, ne croyons pas les contes. Avec les ressources que génère le pays actuellement on peut faire beaucoup de choses, et l'ingénieur Pareja le sait. L'exploitation ou la non-exploitation de l'ITT n'est pas une question de vie ou de mort pour le pays.
 
Nous nous permettons quelques suggestions pour obtenir les 750 millions que nous donnerait l'ITT, sans avoir à recourir à un appel désespéré aux gouvernements et ONGs étrangers. Certainement qu'ils sont tous prêts à suivre le Président Correa, nous l'invitons à mener à bien son projet, s'il le réalise nous n'aurons aucune raison d'exploiter l'ITT.
  • On peut renégocier les contrats avec les compagnies étrangères, de la même façon que Evo Morales l'a fait en Bolivie. Particulièrement les contrats actuellement en vigueur entre l'Etat et Petrooriental(Antes Encana), Petrobras, Repsol Ypf, Agip, Perenco, qui sont clairement en défaveur de l'Etat.
  • On peut mettre en place une politique stricte pour éliminer la corruption de Petroecuador, car cela, bien évidemment, est vital pour changer le pays. Par exemple, Chaves n'aurait jamais rien pu faire au Venezuela s'il n'avait pas totalement contrôlé PDVSA, après la grève pétrolière de fin 2002.

  • On peut augmenter les impôts sur les revenus des plus riches en accompagnant cela d'un fort contrôle pour éviter l'évasion fiscale. Il est indispensable que les chefs d'entreprises payent les cotisations à la sécurité sociale.

  • En général il faut attaquer avec force la corruption qui est incrustée dans toute l'administration de l'Etat. C'est la question clef pour le développement du pays, et non l'exploitation de l'ITT.
  • Le problème semble être de savoir à qui on s'oppose. Si on prend les mesures précédentes, on s'oppose aux multinationales étrangères,aux riches locaux, aux corrompus, aux évadés fiscaux, finalement à ceux qui ont commandé le pays jusqu'à maintenant. Cela sera difficile, ils ne se laisseront pas retirer le pain de la bouche.

En revanche, en exploitant l'ITT on s'oppose seulement à des mouvements écologistes minoritaires (c'est ce qu'ils croient). Les kichwas ne protesteront pas, il sera facile de les faire taire avec peu de chose (c'est ce qu'ils croient, également), ce n'est même pas la peine de parler de ceux qui refusent le contact, qui n'existent même pas. Il est probable que beaucoup devront faire face également à des problèmes de conscience, mais cela ne crée pas de problèmes d'opinion publique.

Nous voulons dire à M. Pareja pour terminer que nous, dans la région d'Orellana, continuons à réclamer un hôpital, mais nous n'acceptons pas que l'on nous utilise à la télévision comme alibi pour exploiter l'ITT. Les choses ne sont pas comme vous les racontez.

COMISSION DE PRESSE ORELLANA

Equateur. Francisco de Orellana le 23 avril 2007

 
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